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Les produits dérivés de l'opéra (XVIIe - XVIIIe siècles) - Séance 1 : l'opéra sur le papier : produits éditoriaux

le 26 octobre 2021
De 14h à 17h
Séminaire organisé par le LUHCIE

Dès le début de son histoire, l’opéra français suscite la fabrication et la diffusion de nombreux objets, parallèlement aux représentations de l’Académie royale de musique : morceaux choisis d’airs à chanter ou à jouer, arrangements et transcriptions font la joie des amateurs de musique, tout en représentant d’intéressantes opportunités commerciales pour les éditeurs, arrangeurs et copistes. Parodies profanes et spirituelles donnent une nouvelle vie à de nombreux fragments d’opéras. Estampes ou gravures conservent et diffusent le souvenir visuel des spectacles.
Cette importance des produits dérivés reste encore peu étudiée pour les XVIIe et XVIIIe siècles. Elle soulève diverses questions que les différentes séances de ce séminaire envisageront tour à tour, qu’il s’agisse de la fabrication, de la diffusion et des usages de ces produits : pratiques musicales et éditoriales, sélections des extraits choisis, lieux et pratiques de ce répertoire, questions de droit d’auteur.

Les six séances du séminaire se tiendront alternativement à l’université Grenoble Alpes et à l’université Lumière Lyon 2 : à chaque fois, deux intervenants présenteront une communication sur une thématique partagée, devant un public d’étudiants et de collègues intéressés.
Toutes les séances seront retransmises en visioconférence (liens zoom disponibles sur le site du LUHCIE les jours précédents, ou sur demande : marie.demeilliez@univ-grenoble-alpes.fr).

Séance 1  : L'opéra sur le papier : produits éditoriaux

14h à 17h - Salle Jacques Cartier

> Laurent Guillo (Centre de Musique Baroque de Versailles - CESR) : Les produits dérivés de l’opéra : le rôle de la maison Ballard et de ses concurrents
La publication des opéras de l’Académie royale de musique par la maison Ballard a résulté en une collection de volumes très importante, imposante, que ses possesseurs ont vu comme un marqueur culturel. La question de l'utilisation pratique de ces volumes par les amateurs se pose naturellement. On examinera divers aspects de cette question :
  • les éléments inclus dans ces volumes destinés à en faciliter l'utilisation
  • la publication de recueils d'airs extraits de ces opéras
  • la confection de recueils de pièces séparées par des amateurs ou des copistes
  • la reprise de ce marché par la concurrence étrangère. 

> Julien Dubruque (CMBV-CESR) : La diffusion du répertoire de l’Académie royale de musique : nature et fonction de la partition réduite
L’une des particularités les plus remarquables de l’Académie royale de musique dans l’Europe du XVIIIe siècle réside dans la diffusion de son répertoire par l’édition musicale. Un opéra italien était par définition éphémère : joué en tel temps et en tel lieu, il n’avait pas vocation à être imprimé ou gravé pour l’éternité ; aussi l’écrasante majorité des opéras italiens du XVIIIe siècle est-elle conservée sous forme manuscrite. Mais quasiment tous les opéras français ont vu leur musique imprimée par le seul éditeur du roi pour la musique, Ballard, du moment qu’ils avaient été représentés à Paris par l’Académie royale de musique (mais pas à la cour). Cependant, ces éditions imprimées étaient généralement très différentes de la partition manuscrite qui avait normalement servi à la production. Seuls les derniers opéras de Lully, et certains de ceux représentés dans les années qui suivirent sa mort, peuvent prétendre refléter le travail du compositeur avec quelque exactitude ; la plupart des opéras furent en effet publiés en partition réduite, soit avec l’intégralité des parties vocales et l’orchestre réduit à deux parties, soit avec le chœur lui-même réduit à deux parties. À certaines époques, elles se sont vu adjoindre un chiffrage systématique pour faciliter une exécution privée, mais qui ne figure pas dans les manuscrits autographes ou les sources manuscrites de production. Leur nature en fait l’équivalent fonctionnel des partitions chant-piano (vocal score) des XIXe et XXe siècles, et exige de l’historien et de l’exégète un regard critique sur leur fonction.
Préparées longtemps avant les premières représentations, elles présentent souvent un premier état des œuvres, que les compositeurs et l’éditeur, le cas échéant, ont cherché à mettre à jour sous la forme de suppléments ou de nouvelles éditions, en fonction de leur devenir sur scène.

Localisation

Saint-Martin-d'Hères - Domaine universitaire
Maison des langues et des cultures - Salle Jacques Cartier
Mis à jour le  26 octobre 2021